Soutenir les enfants dans le contexte de la violence fondée sur le genre signifie souvent soutenir les personnes qui s’occupent d’eux. Bon nombre de ces personnes composent avec leur propre traumatisme tout en répondant aux besoins de leurs enfants, et cette réalité influence la manière dont elles interagissent, exercent leur rôle parental et réagissent en situation de stress. Lors d’une récente discussion avec des membres de l’équipe Grandir en sécurité, nous avons exploré ce que signifie soutenir des personnes qui s’occupent des enfants et qui vivent avec un traumatisme, ainsi que les répercussions de ce travail sur l’ensemble des familles.
Changer de perspective sur le traumatisme des aidants
Reconnaître le traumatisme vécu par les personnes qui s’occupent des enfants constitue un point de départ essentiel. Sans cette compréhension, certains comportements peuvent être mal interprétés. Ce qui peut sembler être un manque d’intérêt, de la constance ou de l’engagement peut souvent s’expliquer par des expériences passées et des stratégies d’adaptation développées en contexte de survie. Remplacer la question « qu’est-ce qui ne va pas? » par « qu’est-ce qui s’est passé? » permet au personnel d’adopter une approche empreinte d’empathie, de curiosité et de compassion.
Le traumatisme peut avoir des effets sur la régulation des émotions, la capacité à établir des liens et la constance dans les réponses aux besoins de l’enfant. Des tâches quotidiennes qui peuvent sembler simples — comme maintenir des routines, répondre calmement à des comportements ou demeurer présent — peuvent devenir difficiles à gérer. Les personnes qui s’occupent des enfants peuvent également éprouver des doutes, se sentir inadéquates dans leur rôle ou mal interpréter le comportement de leur enfant. Ces défis peuvent influencer l’attachement et accroître le stress dans la relation entre la personne qui s’occupe de l’enfant et celui-ci.
Par ailleurs, le traumatisme ne survient pas de manière isolée. Les expériences intergénérationnelles influencent souvent la façon dont les personnes qui s’occupent des enfants se perçoivent et perçoivent leurs enfants. La reconnaissance de ces dynamiques permet au personnel d’aller au-delà des comportements observables et de mieux soutenir à la fois la personne qui s’occupe de l’enfant et l’enfant lui-même. Offrir un espace sans jugement où les personnes peuvent partager leur vécu peut constituer une étape importante du processus de guérison, même lorsque l’intervention vise principalement l’enfant.
Stratégies pour instaurer la confiance et créer du lien
Établir un lien de confiance avec les personnes qui s’occupent des enfants demande de l’intention et de la constance. Adopter une approche axée sur la curiosité, éviter les suppositions et offrir un espace où les personnes peuvent raconter leur histoire à leur propre rythme sont des stratégies essentielles. Le personnel souligne l’importance de valider les émotions sans renforcer les comportements nuisibles, et d’agir de manière prévisible, transparente et authentique. De petits gestes — prendre des nouvelles, saluer ou simplement être présent — peuvent contribuer à créer un lien au fil du temps.
Soutenir à la fois les personnes qui s’occupent des enfants et les enfants nécessite souvent une approche souple et collaborative. Cela peut inclure des interventions conjointes, séparées ou combinées, selon les besoins et les capacités. Dans certains cas, stabiliser d’abord la personne qui s’occupe de l’enfant peut avoir des effets positifs sur celui-ci, ce qui renforce l’idée que le soutien apporté à l’un bénéficie directement à l’autre. Il est également essentiel de rejoindre les personnes là où elles en sont — qu’elles soient prêtes ou non à s’engager — afin d’établir un lien de confiance.

Naviguer les défis et soutenir les équipes
Ce travail comporte des défis. Le personnel peut faire face à de la résistance, à des émotions intenses ou à des obstacles qui dépassent leur champ de pratique. Le traumatisme vicariant, la fatigue de compassion et le besoin constant d’adaptation peuvent également avoir des répercussions sur les personnes qui offrent du soutien. Une supervision continue, le soutien entre pairs et le maintien d’un équilibre entre le travail et la vie personnelle sont essentiels pour assurer la pérennité de ce travail et le bien-être du personnel.
Célébrer les forces et la parentalité « assez bonne »
Même de petits moments peuvent avoir une incidence importante. Reconnaître les efforts, souligner les progrès et valoriser le concept de « parentalité suffisamment bonne » peuvent aider les personnes qui s’occupent des enfants à se sentir plus confiantes et compétentes. Renforcer leur pouvoir d’agir consiste à reconnaître leurs forces, à soutenir leur autonomie et à leur rappeler que les progrès n’ont pas besoin d’être parfaits pour être significatifs.
Soutenir les personnes qui s’occupent des enfants et qui vivent avec un traumatisme est un travail profondément relationnel. Avec du temps, de la patience et une approche tenant compte des traumatismes, ces liens peuvent avoir des effets durables — renforcer la confiance des personnes qui s’occupent des enfants, améliorer les relations parent-enfant et, ultimement, favoriser le bien-être de l’ensemble de la famille.

