Soutenir les jeunes lors des transitions en matière de logement

Les transitions vers un refuge ou un logement transitoire peuvent être profondément déstabilisantes pour les enfants et les jeunes. Au-delà des changements d’espace physique, les jeunes doivent souvent composer avec des pertes, de l’incertitude et un sentiment de débordement émotionnel. Dans le cadre du partenariat Grandir en sécurité, nous nous sommes récemment entretenus avec Jenny-Lee Brunet, thérapeute auprès des enfants et des familles, afin de mieux comprendre comment les transitions en matière de logement influencent les jeunes et ce qui peut les aider à traverser cette période difficile.

Un sentiment d’instabilité

L’un des défis les plus importants auxquels les jeunes font face lors d’une transition résidentielle est la perte de repères familiers. Plusieurs s’ennuient de leur maison, de leur école et des routines qui structuraient leur quotidien. Les transitions scolaires, en particulier, peuvent être particulièrement éprouvantes. Quitter des amis et des adultes de confiance entraîne souvent des sentiments de tristesse, d’anxiété et de deuil.

Les jeunes peuvent s’inquiéter de leur capacité à s’intégrer, à se faire de nouveaux amis ou d’être jugés si leurs pairs apprennent qu’ils vivent dans un refuge. Ces craintes sont souvent amplifiées par un manque de contrôle, puisque les jeunes ont généralement peu d’influence sur les décisions concernant leur lieu de résidence ou l’école qu’ils fréquentent.

Les pertes vécues ne se limitent pas aux amitiés. Plusieurs jeunes vivent également un deuil lié aux changements dans leur cellule familiale, à leurs liens communautaires et aux activités

qu’ils appréciaient auparavant. Même lorsqu’un ancien milieu de vie n’était pas sécuritaire ou stable, il pouvait néanmoins sembler familier et prévisible pour un enfant. S’adapter à un nouvel environnement; espaces partagés, nouvelles règles et lieux inconnus, demande du temps et peut entraîner des changements sur les plans émotionnel et comportemental.

Ces transitions peuvent avoir une incidence notable sur la santé mentale. La tristesse et l’anxiété sont fréquentes, bien qu’elles puissent se manifester par de la colère, un repli sur soi ou des comportements perturbateurs. Les personnes soignantes expriment souvent des inquiétudes lorsqu’elles observent des comportements nouveaux ou inhabituels chez leur enfant. La normalisation de ces réactions constitue un aspect essentiel de l’accompagnement, en aidant les familles à comprendre que les jeunes réagissent au stress, à la perte et à l’incertitude, plutôt que d’adopter intentionnellement des comportements inadéquats.

 

Le bien-être des personnes soignantes est essentiel

Le stress vécu par les personnes soignantes joue également un rôle important dans la façon dont les jeunes s’adaptent aux transitions. Les enfants sont très sensibles aux émotions des adultes qui prennent soin d’eux, même lorsque ces derniers tentent de les protéger. Certains jeunes assument des responsabilités accrues au sein de la famille, en particulier les aînés qui peuvent ressentir une pression à protéger ou à soutenir les autres membres.

Aider les personnes soignantes à reconnaître cette dynamique et à trouver des moyens de gérer leur propre stress peut alléger la charge émotionnelle pour l’ensemble de la famille.

L’importance du lien

Le lien constitue un facteur de protection puissant en période de changement. De nombreux jeunes recherchent une plus grande proximité physique ou émotionnelle avec les personnes qui prennent soin d’eux, particulièrement après avoir vécu une séparation ou une perte. Des gestes simples; être présent, offrir de la réassurance, maintenir une proximité et valider les émotions peuvent contribuer à rétablir un sentiment de sécurité.

Les adultes bienveillants, qu’il s’agisse de personnes soignantes, de membres du personnel des refuges ou de thérapeutes, jouent également un rôle déterminant en écoutant, en faisant preuve d’empathie et en offrant un soutien constant.

Des pas vers la stabilité

Avec le temps, des signes d’adaptation commencent à apparaître. Les jeunes peuvent participer davantage aux activités, passer plus de temps dans les espaces communs ou se montrer plus ouverts avec des adultes de confiance. Ils peuvent exprimer de l’enthousiasme à l’idée de nouvelles amitiés ou se sentir plus à l’aise d’explorer leur environnement.

Ces petits changements témoignent d’un sentiment accru de sécurité, de confiance et d’assurance dans leur nouvel environnement.

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